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 Conscience animale

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MessageSujet: Conscience animale   Conscience animale Icon_minitime11/8/2009, 03:43

Un débat qui fait toujours des vagues... quand je pense qu'à une époque c'était la femme qui était soupçonnée d'inconscience et qui faisait débat... Rolling Eyes

Voici la théorie d'un chercheur toulousain, qui vaut ce qu'elle vaut, je ne suis pas d'accord sur ses idées à propos des droits des hommes qui ne devraient pas être les mêmes pour les animaux, mais ce qui précède est fort intéressant à mon avis, quoiqu'il ne serait question que d'un "début de conscience'", comme quoi, faut pas trop pousser ça pourrait faire bobo aux biens-conscients :
Citation :


Revue Etho-logique



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Le Devoir
Y a-t-il des « cultures » animales ?
Par Louis-Gilles Francoeur
vendredi 22 février 2008

De
simples machines qu’ils étaient au temps de Descartes, les animaux sont
désormais reconnus pour avoir des degrés d’intelligence

Depuis
un demi-siècle, l’étude des comportements animaux a fait faire à
plusieurs disciplines scientifiques, dont l’éthologie, un bond aussi
important que la cybernétique dans les communications, par exemple. De
machines qu’ils étaient au temps de Descartes, les animaux sont
désormais reconnus pour avoir des niveaux d’intelligence différents,
dont certains fort élevés.




Des chercheurs disent avoir identifié de véritables « cultures
animales » chez certaines espèces de poissons et de mammifères.
Certains chercheurs, comme Étienne Danchin,
n’hésitent plus à parler de « débuts de conscience », ce qui est loin
cependant de faire l’unanimité dans le monde des sciences.




Ce chercheur du groupe Évolution et diversité biologique de l’université Paul Sabatier, à Toulouse,
estime pour sa part que les animaux se transmettent d’une génération à
l’autre des informations cruciales pour leur survie, un héritage
culturel que la génétique ne peut expliquer.




Il y a quelques décennies encore, on croyait comme Konrad Lorenz que
les automatismes et les instincts gouvernaient le monde animal et
qu’ils se transmettaient par les gènes.




Mais pour vraiment comprendre le monde animal, affirme Étienne
Danchin, qui entretiendra le public d’ici de « culture animale » ce
soir au Coeur des sciences de l’UQAM, il y a quatre manières, chacune
ayant ses forces et ses faiblesses.




On peut adopter une approche mécaniste pour expliquer les
comportements. Par exemple, on se demandera pourquoi les oiseaux
chantent davantage au printemps en expliquant le phénomène par
différents liens entre les mécanismes de reproduction et les conditions
environnementales qui agiraient comme stimuli ou déclencheurs.




On peut aussi adopter une approche plus individualiste, en analysant
le développement de chaque animal, son degré d’insertion et
d’adaptation pour expliquer son développement, ses habiletés et ses
aptitudes.




On peut aussi analyser son comportement dans une logique de
finalité. Pas une finalité à la Teilhard de Chardin, qui assigne une
finalité voulue par Dieu à l’évolution, insiste Étienne Danchin. On
s’intéressera plutôt, dit-il, à ses « objectifs évolutionnistes »,
c’est-à-dire qu’on déterminera comment un animal réussit à assurer sa
survie et celle de son espèce par l’amélioration de son efficacité à
exploiter des environnements souvent différents, une analyse propre à
« l’écologie comportementale ». Enfin, quatrième approche, on peut
situer l’évolution d’une espèce sur une échelle philogénétique ou, si
l’on veut, dans l’évolution à long terme de la grande cohorte des
vivants, dont l’humain est l’aboutissement d’un certain nombre de
lignées.




« Aucune de ces quatre manières n’est meilleure que l’autre et toutes sont complémentaires »,
quoi qu’en pensent les chapelles qui vont parfois s’édifier autour de
l’une ou l’autre de ces approches, ajoute le chercheur.




L’évolution de ces méthodes de recherche a forcé la communauté
scientifique, non seulement à reconnaître, mais aussi à mesurer des
formes d’intelligence souvent fort élevées chez différents animaux,
comme les singes, les corneilles, les dauphins, etc. Mais ces travaux
en ont suscité d’autres sur la manière dont s’opère la transmission des
connaissances acquises par les animaux, ce qui a rapidement conduit les
chercheurs à l’idée qu’il y avait transmission de savoirs collectifs
propres à certains groupes. C’est ce qu’Étienne Danchin appelle les
« cultures animales ».




Des jeunes macaques ont été observés au Japon en train de laver des
pommes de terre utilisées comme appâts pour les attirer. Cette
découverte, faite par une jeune femelle, avait été transmise peu de
temps après à tout le clan. En Afrique, des chercheurs suisses ont
observé, quelques années après les travaux de Jane Goodall
sur l’utilisation d’outils par les chimpanzés pour cueillir des
termites, que d’autres groupes de la même espèce avaient inventé de
leur côté une manière de briser de grosses noix avec des roches,
méthode qu’ils se transmettent de génération en génération, ce que
d’autres groupes de la même espèce n’ont jamais réussi à faire.




Pour Étienne Danchin, la transmission de ces savoirs collectifs constitue un véritable corpus culturel de type animal.
On est là, dit-il, en présence de cultures locales, qui adoptent ces
comportements particuliers. Ces informations ainsi transmises comme
bagage culturel particulier ont autant d’importance pour la survie
d’une espèce ou d’un groupe que la transmission de son bagage
génétique. À la limite, dira Étienne Danchin, la génétique transmet
plutôt la possibilité ou l’aptitude à faire une chose, mais c’est par
l’apprentissage que l’animal l’optimisera par un niveau de performance
qui déterminera son efficacité dans un milieu donné.




Certes, convient-il, cette transmission de génération en génération
d’un savoir collectif va en heurter plusieurs, parce qu’on parle de
« culture ». Il convient que des termes comme « savoir collectif » ou
« proto-culture » seraient peut-être plus neutres, mais il n’hésite pas
à dire que par choix il préfère le terme « culture », « plus
provocateur » parce qu’il a le mérite de forcer la réflexion sur ces
découvertes fondamentales pour notre compréhension du comportement
animal.




« Mais soyons clairs, dit-il, au sens où je définis la
culture animale, cela n’a rien à voir avec la culture humaine, surtout
si on définit celle-ci comme un ensemble de valeurs dont on déduit des
règles et des comportements.
»




« On ne peut toutefois pas réduire la culture uniquement par ce
qu’elle produit à l’extrémité d’un processus historique. Si on le
faisait, on ne pourrait pas comprendre que l’humain est le résultat de
l’évolution à partir de poissons qui sont sortis de l’eau un jour !
»




Tout comme on voit aujourd’hui une continuité dans l’évolution des
formes d’intelligence animale, on constate qu’il y a des cultures
différentes et donc des modes de transmission des comportements plus ou
moins évolués selon les espèces.




Étienne Danchin ne récuse pas, bien au contraire, l’idée que cette
évolution s’accompagne de formes de conscience réflective chez les
animaux, dont le stade le plus avancé a été atteint un jour alors que
l’un d’eux s’est rendu compte qu’il pensait.




Les cas de « conscience » ou de pensée réflexive sont nombreux à son
avis. Des expériences contrôlées ont démontré, par exemple, comment des
geais cachent leurs graines différemment s’ils se sentent épiés par
d’autres compères. Se sachant voleurs, ils savent que les autres le
sont aussi et, par réflexion sur leur propre comportement, ils vont
circonscrire ce comportement qu’ils savent culturel !




Un autre exemple est fourni par la conscience que certains animaux
peuvent avoir de leur propre mort, convient-il, et de l’angoisse de ce
qui va se produire après. Les éléphants, qui la sentent venir et qui en
ont une représentation intérieure, vont se retirer pour aller mourir
dans ce qu’on appelle les cimetières d’éléphants. Autre exemple : Sara,
une jeune chimpanzée qui avait appris le langage des sourds-muets dans
les années 70, expliquait en langage humain qu’un compagnon décédé lui
manquait, ce qui dénote, selon Étienne Danchin, une conscience du vide
et de son angoisse. À la limite, dit-il, cette expression d’angoisse se
résorbera chez les humains par la construction des grands mythes, voire
les religions.




Mais beaucoup d’humains, dit-il, résistent encore farouchement à
l’idée qu’ils se situent dans un continuum évolutif avec le monde
animal. Ils ont tout juste accepté l’idée de l’évolution biologique
proposée par Darwin mais ils résistent à l’idée que l’intelligence et
la conscience aient pu se développer progressivement et existent à des
niveaux divers dans le règne animal, et qu’ils s’y développent par
transmission culturelle.




Étienne Danchin récuse toutefois l’utilisation que font de ces faits
scientifiques les animalistes, qui en déduisent que les animaux, s’ils
ont intelligence et culture, ont des droits comme les humains. Les
humains, eux, ont atteint un niveau d’intelligence et de conscience qui
leur confère la responsabilité de respecter les autres maillons du
vivant, dit-il, ce par quoi ils expriment leur humanité. Mais à voir de
près ce qu’ils font de leur planète, ajoute-t-il, on se prend à douter
parfois que leur niveau d’intelligence se situe au sommet de l’échelle
de l’évolution.







P.-S.

Le Devoir, 21 février 2008
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